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April 21 2017

09:25

Christine Lagarde : « Il y a une attente inquiète des résultats des élections françaises »

La directrice générale du Fonds monétaire international, estime que le futur exécutif devra tout mettre en œuvre pour libérer la productivité.
09:24

La toute première fois

1236

3 juin. Bettisia Gozzadini obtient un doctorat en droit à l'université de Bologne (Italie). Elle deviendra la première femme à enseigner à l'université en 1239.

1401

1er février. L'écrivaine Christine de Pisan dénonce, dans une lettre ouverte, le sexisme et la haine des femmes véhiculés par la suite du Roman de la Rose, rédigée à la fin du XIIIe siècle par Jean de Meung.

1622

Marie de Gournay publie Égalité entre les hommes et les femmes. Elle y examine la question de la différenciation hiérarchique des sexes et appelle à en dépasser le dualisme.

1791

14 septembre. Parution de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, d'Olympe de Gouges.

1792

20 septembre. La Révolution française confère aux femmes le droit de demander le divorce, banni par l'Église depuis 1215. Il sera abrogé en 1816 sous la Restauration, puis rétabli en 1884.

1836

23 juin. Création en France de l'enseignement primaire féminin.

1842

10 août. Le Royaume-Uni interdit le travail des femmes dans les mines. En 1847, leur travail journalier est ramené à dix heures dans les usines.

1871

18 mars - 27 mai. Parmi les mesures adoptées par les insurgés de la Commune de Paris figurent l'égalité salariale entre femmes et hommes, l'accès à l'éducation pour les filles et le droit au divorce.

1873

La ville de Boston (États-Unis) inaugure la première université dont toutes les sections sont accessibles aux femmes.

1880

21 décembre. La loi Camille Sée instaure l'enseignement secondaire féminin. Il ne prépare pas, cependant, au baccalauréat. Celui-ci s'ouvrira pleinement aux filles en 1924.

1881

9 avril. En France, une épouse peut désormais ouvrir un livret de caisse d'épargne sans le consentement marital. Elle pourra disposer librement de son salaire en 1907.

1893

19 septembre. La Nouvelle-Zélande est le premier pays à accorder le droit de vote aux femmes, avant la Finlande en 1906. Les citoyennes russes l'obtiendront en 1918, les Françaises en 1944.

1920

19 novembre. En Russie, les bolcheviks sont les premiers à légaliser le droit à l'avortement. L'interruption volontaire de grossesse sera autorisée en France par la loi Veil du 17 janvier 1975.

1974

1er juillet. L'Argentine Isabel Perón est la première femme du monde à accéder à la présidence d'un pays.

1975

Septembre. Les Nations unies organisent à Mexico la première conférence mondiale sur les femmes.

09:22

Le « palais florentin » de Grasse pourrait être rasé

Marchand de biens, Patrick Diter était jugé, jeudi, pour avoir construit en toute illégalité un château de 3 000 mètres carrés.
09:17

Les oubliées de San Francisco

En 1945, la Charte des Nations unies affirmait solennellement le principe d'égalité entre les sexes. Dans cette affaire, les déléguées latino-américaines jouèrent un rôle-clé. Et arrachèrent cette victoire en dépit de l'opposition de certaines de leurs collègues occidentales.

La conférence de San Francisco en 1945, lors de laquelle fut signée la Charte de l'Organisation des Nations unies (ONU), était dominée par des hommes. Seulement 3 % des participants étaient des femmes. Celles-ci n'avaient le droit de vote que dans trente des cinquante pays alors représentés. Néanmoins, le texte fondateur de l'ONU fut le premier accord international à proclamer l'égalité des droits entre femmes et hommes comme partie intégrante des droits humains fondamentaux.

Cette mention officielle de l'égalité des sexes est le fondement d'une égalité au niveau mondial que l'on tient pour un fait tout aussi acquis que le lever du soleil chaque matin. Pourtant, elle n'est le résultat ni du hasard ni d'un consensus.

Quatre femmes signèrent la Charte : Bertha Lutz (Brésil), Minerva Bernardino (République dominicaine), Wu Yi-fang (Chine) et Virginia Gildersleeve (États-Unis). Seules les deux premières défendirent les droits de la femme. Malgré tout, des ouvrages, un CD-ROM et des sites Internet attribuent à toutes les quatre la référence aux droits de la femme figurant dans la Charte. Ce faisant, ces auteurs définissent le rôle des femmes dans l'élaboration du texte en fonction de leur sexe et non de leurs actes.

En étudiant l'histoire de plus près, on s'aperçoit que l'article 8 sur l'égal accès des femmes et des hommes aux fonctions dirigeantes des organes des Nations unies, l'ajout de la mention « sexe » dans la liste des discriminations à bannir (1) et la première proposition de créer une commission spéciale sur les femmes sont à porter au crédit de femmes du Sud. Toutefois, les noms des femmes venues du Brésil, d'Uruguay, du Mexique, de la République dominicaine et d'Australie, qui ne cessèrent de se battre durant l'élaboration de la Charte pour que soit reconnue la nécessité de mentionner spécifiquement les femmes, ne figurent pas dans le compte rendu que les Nations unies ont fait de leur propre histoire. Lorsque de bonnes idées viennent d'ailleurs que d'Occident, on tend souvent à les ignorer (2).

Rares sont ceux qui aujourd'hui connaissent le nom de Bertha Lutz, cheffe de file des féministes, qui annonça fièrement que l'article 8 était une « contribution de l'Amérique latine à la Constitution du monde » (3). Contrairement à Bertha Lutz, Virginia Gildersleeve et ses conseillères britanniques d'alors ne jugeaient pas que l'article 8 fût nécessaire. Bertha Lutz et Minerva Bernardino unirent leurs forces —cela peut surprendre aujourd'hui— contre ces déléguées occidentales. Dans ses Mémoires, Bertha Lutz se rappelle que «  [Gildersleeve] expliqua qu'elle espérait que je [Lutz] n'allais pas demander quoi que ce soit pour les femmes dans la Charte, car ce serait une chose très vulgaire » (4). Bertha Lutz répliqua que « la nécessité de défendre les droits des femmes était la principale raison pour laquelle le gouvernement brésilien [l]'avait placée dans la délégation ».

Dans son commentaire sur l'amendement proposé par Bertha Lutz, Virginia Gildersleeve affirma que la position des femmes aux États-Unis était « bien établie et que la preuve qu'elles bénéficiaient d'une égalité de chances avait souvent été faite ». Bertha Lutz fit remarquer que « nulle part au monde les femmes ne bénéficient d'une égalité totale avec les hommes ».

Sa défense de l'amendement valut à Bertha Lutz d'être surnommée « Lutzwaffe », en référence à la Luftwaffe allemande, par les délégués britanniques et américains, « assommés et agacés par un discours féministe long et répétitif ».

Autre acquis essentiel pour les droits des femmes, le préambule de la Charte. Il fait spécifiquement état des droits humains de la femme. Dans son projet de préambule, là encore, Virginia Gildersleeve avait supprimé le terme « femme », estimant que « droits humains de l'homme » serait une expression suffisamment englobante. Au contraire, Bertha Lutz et d'autres féministes latino-américaines affirmèrent que « nous savons aussi que l'on a toujours considéré à travers les siècles que les femmes étaient comprises dans le terme général d'“homme”, et nous savons aussi que ceci a toujours eu pour résultat d'empêcher les femmes de prendre part aux affaires publiques ».

L'origine des idées universelles n'est pas toujours occidentale

Bertha Lutz et Minerva Bernardino avaient conscience, en tant que déléguées latino-américaines, de représenter des pays dits plus « arriérés » que les représentantes de pays occidentaux « avancés ». Virginia Glidersleeve et ses conseillères britanniques affirmèrent que ce « féminisme spectaculaire » n'était sans doute nécessaire que « dans les pays arriérés, où les femmes ne peuvent pas voter et ont peu de droits ». Bertha Lutz note que, « par un étrange paradoxe psychologique, ceux qui sont émancipés grâce aux efforts menés par d'autres répugnent souvent à reconnaître la source de leur liberté ».

Si l'on posait la question de savoir qui a introduit les droits de la femme aux Nations unies, la réponse serait probablement Eleanor Roosevelt ; les féministes américaines pourraient supposer que leurs déléguées eurent à combattre le machisme latino. Une telle présentation de l'histoire est politique. L'origine d'idées et de valeurs universelles comme l'égalité des sexes est souvent attribuée à des acteurs occidentaux. C'est loin d'être toujours le cas…


(1) La Charte affirme que les droits humains et les libertés fondamentales profitent à tous sans discrimination de race, de sexe, de langue ou de religion. Ce principe est réitéré quatre fois dans les différentes sections.

(2) Cf. Amitav Acharya, « Who are the norm makers ? The Asian-African conference in Bandung and the evolution of norms », Global Governance, Lynne Rienner Publishers, Boulder (États-Unis), 2014.

(3) Documents de la Conférence des Nations unies pour l'Organisation internationale, volume VI : 172, CommissionI, General Provisions, Londres et NewYork, Nations unies, 1945.

(4) Bertha Lutz, « Reminiscences of the San Francisco Conference that Founded the United Nations, Bertha Lutz, Brazilian Plenipotentiary Delegate », dans Papers of Margery Irene Corbett Ashby, 6B/106/7/MCA/C2, Women's Library, Londres.

09:12

Karim Cheurfi, un homme « excessivement dangereux » au long passé judiciaire

L’homme qui a tué un policier jeudi soir à Paris, sorti de prison il y a deux ans, n’était pas fiché S. Il avait récemment fait l’objet d’une enquête pour avoir menacé de mort des policiers.
09:12

« Agir en primitif, prévoir en stratège »

S'organiser de manière autonome, loin des partis, des associations et en marge des organisations syndicales ? À Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, dans le val de Suse, en Italie, en tête de cortège lors des manifestations du printemps 2016 contre la loi travail, des militants déterminés bravent la police pour défendre leurs idées et leurs pratiques.

Dans quelques grandes villes de France, durant les manifestations de rue du printemps 2016 contre la loi travail, qu'est-ce qui poussait tant de gens de tous âges et de diverses catégories sociales à remonter le long des trottoirs ou à sortir des rangs encadrés par les organisations syndicales pour se joindre à ce qui s'est rapidement auto-baptisé « cortège de tête » ? Qu'est-ce qui les incitait à rallier cette composante qui, d'un rendez-vous à l'autre, a grossi jusqu'à compter plusieurs milliers de personnes et constituer parfois une moitié de la manifestation ? C'était pourtant là qu'on subissait les bombardements intensifs de grenades lacrymogènes, les incursions des brigades anticriminalité (BAC) pour interpeller des individus désignés suivant des critères inconnus, les arrosages par les motopompes. C'était là qu'on risquait de perdre un œil par l'effet d'un tir de Flash-Ball ou de sombrer dans le coma à cause d'une grenade dite « de désencerclement ». Il faut bien qu'il se soit passé quelque chose pour que tant de monde se soit volontairement porté au-devant de tant de périls.

La nouveauté décisive du mouvement du printemps 2016 n'est peut-être pas principalement les Nuits debout sur lesquelles s'est concentrée l'attention médiatique, en France et surtout à l'étranger. Si elles ont été parfois le lieu de débats, les assemblées générales ont très souvent ressemblé à des groupes de parole où le défilement des subjectivités souffrantes reste sans conséquences. Elles ont en revanche été utiles comme lieux de préparation de manifestations sauvages ou d'interventions dans des luttes en cours.

Ce que beaucoup cherchaient en partant des places occupées pour aller soutenir les cheminots grévistes d'une gare ou les sans-papiers occupant un lycée désaffecté, à savoir une conflictualité qui ne se limiterait pas au verbe et serait commune à des sujets sociaux variés, ils le trouvaient dans les cortèges de tête. Outre la présence, traditionnelle, de jeunes gens en quête d'affrontement (avec cette nouveauté que la moyenne d'âge a beaucoup baissé), on notait aussi une forte représentation de retraités actifs, ainsi que de personnes d'âge mûr arborant tous les signes extérieurs (badges, casques, drapeaux) d'appartenance à la classe ouvrière syndiquée. Cette composante majoritaire du cortège de tête se distinguait par son attitude sinon activement complice, du moins nullement hostile envers ceux que les médias dominants appelaient « casseurs ».

Ces manifestants semblaient presque tous insensibles à l'argument ordinaire selon lequel le bris de vitrine de banque desservirait le mouvement auprès de l'opinion publique. Tout se passait comme s'ils avaient renoncé à s'inquiéter de la réaction de médias qui, en l'absence de « casseurs », diraient de toute manière que la manifestation était moins importante que la précédente et que le mouvement s'essoufflait. Nul ne s'indignait qu'on couvre les murs de slogans ni ne semblait trouver qu'agences bancaires et immobilières fussent des cibles illégitimes. Le fait que la majorité ne se joigne pas à l'action montre sans doute non pas tant qu'elle était retenue par la peur mais que, pour se mettre davantage en danger, elle aurait eu besoin qu'apparaisse la possibilité de faire mieux que de casser du verre : peut-être nuire réellement aux banques et à l'ordre économique. Cela n'empêchait pas les gestes de solidarité envers les gens masqués qui subissaient la répression, et il n'a pas manqué d'épisodes où des syndicalistes et des quidams âgés ont tenté de délivrer des « casseurs » présumés des mains de la police.

Ce qui frappait dans le cortège de tête, c'était moins la ressemblance avec les mouvements sociaux antérieurs (de la grève contre la « réforme » de la Sécurité sociale de 1995 à celle contre la « réforme » du système des retraites en 2010) que les similitudes avec des combats nés loin des grandes villes et ancrés sur des territoires précis. Courage et détermination face à la répression, créativité des modes d'expression et d'intervention, hétérogénéité solidaire des pratiques et des acteurs sont aussi les traits saillants de l'opposition à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, cristallisée autour de la zone à défendre (ZAD), et du mouvement No TAV.

Quand le cortège de tête démarrait, face aux rangs serrés des forces de l'ordre et de leurs fourgons, on n'aurait pas été étonné, devant la résolution joyeuse qui s'exprimait dans ses rangs, d'entendre hurler : A sarà düra ! C'est le cri de ralliement, en langue piémontaise, des populations du val de Suse en lutte contre le projet de nouveau train à grande vitesse (treno ad alta velocità, TAV) Lyon-Turin (1). Il annonce que « ça va être dur » — sous-entendu « pour nous », mais aussi « pour eux ». Le 17 novembre 2016, au terme d'un maxi-procès en appel contre cinquante-trois activistes No TAV, le tribunal de Turin en a condamné trente-huit à des peines de prison allant de quelques mois à quatre ans et demi d'enfermement. Leur inculpation était liée à deux épisodes de la saga de cette lutte qui dure depuis vingt-cinq ans : l'évacuation en juin 2011 de la « Libre République de la Maddalena », campement installé sur une zone d'extension du chantier, et l'imposante manifestation qui l'avait suivie, en juillet, avec tentative de reprise des lieux. L'accusation n'a pas hésité à retenir la culpabilité d'une personne qui aurait été vue dans deux lieux en même temps, ni à recourir à l'imputation très vague mais pratique de « concours moral ». Un fait parmi tant d'autres dans l'interminable série de poursuites et de mesures judiciaires limitant la liberté de circulation. Une des personnalités historiques du mouvement, Mme Nicoletta Dosio, est devenue la figure de proue de la résistance aux innombrables arrêts domiciliaires : ayant refusé de s'y soumettre, elle s'est retrouvée devant un tribunal au cours duquel le procureur a requis huit mois de prison ferme.

Défendre, fût-ce au prix de sa vie, un lieu, et à travers lui le projet d'une vie bonne

Le même genre de mesures a été pris en France, avec les assignations à résidence et les interdictions de territoire prononcées en décembre 2015 en vertu de l'état d'urgence à l'encontre de quelques militants et notamment de « zadistes » soupçonnés de vouloir manifester contre la COP21. À plus vaste échelle, lors du mouvement contre la loi travail de 2016, des arrêtés préfectoraux ont interdit de manifestation plusieurs dizaines de personnes. À ces mesures restrictives de la liberté de circulation s'est ajoutée une répression d'une ampleur inédite : au 17 juin 2016, plus de 750 personnes faisaient l'objet de poursuites (2). En novembre 2016, des individus ont commencé à recevoir des interdictions de manifester leur soutien à la ZAD. Avec un jeune homme éborgné à Rennes et un autre plongé dans le coma, la répression physique n'a pas été en reste durant les manifestations du printemps 2016. En juillet, 68 réclamations avaient été présentées au défenseur des droits contre des violences policières injustifiées (3).

Malgré cela, les effectifs et la résolution du cortège de tête n'ont cessé de croître. Une telle constance dans la mobilisation se remarque également dans le val de Suse et à Notre-Dame-des-Landes. Dans ce dernier cas, le gouvernement a toujours ignoré aussi bien les rapports d'experts gouvernementaux hostiles au projet d'aéroport que les injonctions de la Commission européenne à respecter les directives sur les zones humides. Par le tour de passe-passe d'un référendum local, limité à la Loire-Atlantique, c'est-à-dire à un périmètre où le « oui » l'emportait à coup sûr, il a conféré un semblant de légitimité à une éventuelle évacuation — à condition d'ignorer la trêve hivernale. Pourquoi n'y avait-il toujours pas procédé fin décembre, sachant que l'approche du mauvais temps risquait de compliquer les opérations ? Les responsables des forces de l'ordre ont averti les autorités que cette opération serait très difficile à accomplir sans casse humaine.

On a d'un côté l'obstination de dirigeants, qui tient certes à la pression de puissants intérêts financiers (dont ceux de l'entreprise Vinci, choisie pour réaliser et exploiter l'aéroport) mais surtout, dans une situation où les doutes s'accumulent sur leur capacité à gouverner, au besoin de montrer qu'ils commandent encore au moins à quelque chose — en l'occurrence, la police. Et de l'autre, la simple détermination des zadistes et des paysans à défendre, fût-ce au prix de leur vie, un lieu — et à travers lui, un projet de vie antagoniste à l'aéroport « et son monde ». Que ces derniers fassent hésiter les premiers montre bien qu'une puissance s'est construite dans cette lutte, hors des cadres traditionnels de la politique.

L'inventivité joyeuse des slogans bombés sur les murs durant le printemps — « En cendres tout devient possible », « Agir en primitif, prévoir en stratège », « La gauche est morte, pas nous », « Regarde ta Rolex, c'est l'heure de la révolte » — se retrouve à la ZAD, que l'on parcourt en allant par exemple du « Phare Ouest » à la « Chat Teigne » en passant par les « Black Bloc sanitaires ». On remarque aussi les formes de l'habitat : les maisons dans les arbres, la belle demeure offerte par le plateau de Millevaches, le bâtiment à dimensions de cathédrale construit comme refuge en zone non expulsable par quatre-vingts charpentiers venus de France et de Belgique. Le détournement des icônes populaires (Astérix, comme dans le val de Suse, est appelé en renfort), les chansons, les films, la bibliothèque dans laquelle divers auteurs sont venus prendre la parole, l'échange des savoirs (mécanique, agricole, botanique, médical, etc.), le marché sans argent : tous ceux qui y sont venus peuvent l'attester, sur ce bout de bocage ne se manifeste rien moins que la recherche d'un autre mode de vie, fondé sur la gratuité et la prise de décision sans hiérarchie ni rituels « assembléistes » figés et figeants. Et ça marche : depuis plusieurs années, on vit là sans police ni justice, les conflits sont réglés par des commissions de médiation, aucun incident grave n'a jamais eu lieu.

Des luttes de territoire liées aux ouvriers et aux paysans, mais caricaturées en activisme « bobo »

Sur la ZAD comme dans le val de Suse, et comme durant les manifestations du printemps 2016, les autorités n'ont eu de cesse d'exiger une dissociation entre manifestants « pacifiques » et « violents ». Elles l'ont parfois obtenue de la part des grandes centrales syndicales (par ailleurs incapables, désormais, d'empêcher quelque débordement que ce soit). Mais, dans le même temps, les syndicats de la Confédération générale du travail (CGT) de Vinci ont annoncé qu'ils appelleraient les ouvriers à exercer leur droit de retrait en cas de tentative de passage en force du gouvernement ; de leur côté, les sections locales de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) prennent part à la lutte No TAV (contre leurs directions nationales) et, en France, les syndicats Sud-Rail ont exprimé leur rejet de ce « grand projet inutile ». Dans la vallée, les opérations de police ont d'ailleurs entraîné des grèves dans la plupart des nombreuses usines locales. La composante ouvrière et paysanne des luttes de territoire interdit de les caricaturer en activisme « hippie » ou « bobo », de même que la présence de dockers du Havre et d'ouvriers d'usines menacées de fermeture dans les confrontations musclées du printemps ne saurait être ignorée.

L'ampleur des ripostes, telle la reprise de la ZAD, le 17 novembre2012, par des dizaines de milliers de manifestants, après son évacuation manu militari en octobre, ou la reprise de Venaus, zone occupée dans le val de Suse, qui, en 2005, avait été violemment expulsée quelques jours avant d'être réoccupée par une imposante manifestation, comme la croissance obstinée du cortège de tête jusqu'à ce 15 septembre 2016 où, malgré un dispositif policier inédit visant à « nasser » l'ensemble de la manifestation, il a pu se reconstituer et affronter les forces de l'ordre, tout cela fait penser au cycle répression-solidarité-radicalisation qui avait marqué les années 1970. Avec les développements que l'on sait : mouvement antiguerre aux États-Unis, Mai 68 français, « mai rampant » italien ne sont que les expressions les plus connues d'une crise qui a affecté presque toute la planète. Cette nouvelle vague de radicalités se distingue pourtant de la première sur deux points : l'extraordinaire développement des capacités de répression étatique, et l'extrême déconsidération dans laquelle sont tenus les dirigeants qui la mettent en œuvre.

À la fin du procès de Turin, le procureur a lancé : « Ils ne passeront pas à l'histoire, ces sujets, on les oubliera vite, car ils ont fait un système du désordre et de l'agression, un système qui circule à travers l'Italie et l'Europe et qui n'a rien à voir avec la protestation. » Ce ne serait pas la première fois dans l'histoire qu'un procureur se tromperait sur ce qui passera à l'histoire.


(1) Lire « Résistance dans la vallée », Le Monde diplomatique, décembre 2014.

(3) David Perrotin, « Loi Travail : quatre mois de violences policières présumées, résumés en un tableau », BuzzFeed News, mise à jour du 17 septembre 2016.

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